Le 115 Centre Départemental d'Accueil et d'Orientation du Val de Marne en grève
L’équipe du CDAO souhaite remercier tous ceux qui, de près ou de loin, ont soutenu le mouvement de protestation lors de notre grève de 27/02/06.En 15 jours plus de mille signatures ont été recueillies sur la pétition en ligne ou de façon manuscrite.
La pétition sera adressée comme prévu dans le courant de la semaine à M. le Ministre Jean-Louis BOORLO.
14, rue de l'Eglise 94340 Joinville-le-Pont
RER A, arrêt Joinville-le-Pont.
Pour cela un nouveau collectif intitulé « Urgences chaudes et froides »s’est constitué. Vous trouvez tous les renseignements nécessaires sur le nouveau blog : http://20six.fr/urgenceschaudesetfroides/
Et communiquer avec le Collectif « Urgences chaudes et froides au : urgences.chaudesetfroides@yahoo.fr

Ce pourquoi !C’est le troisième hiver consécutif qu’est mis en place un dispositif hivernal d’hébergement d’urgence articulé en trois niveaux graduels. D’habitude organisé et modulé par la Préfecture et la D.A.S.S du département, le dispositif hivernal est réglé cette année par la Préfecture d’Ile-de-France. Aussi, les différents niveaux sont décidés sans nuance selon les températures prévisionnelles de météo France et définissent le nombre de places d’hébergement accessibles aux personnes à la rue.
En terme de places d’hébergement dans le département du Val de Marne, le niveau 1 augmente le dispositif estival ordinairement saturé d’un nombre de places qui arrive, lui aussi, très vite au bout de ses possibilités d’accueil pour toute la période d’hiver. Le niveau 2 le renforce de 44 lits lorsque les températures atteignent –5°C. En cas de froid extrême, le niveau 3 correspond à des réquisitions par la Préfecture de gymnases ou d’autres locaux pouvant être aménagés en lieu d’hébergement provisoire.
Voici l’esquisse du tableau de la campagne hivernale 2005/2006 du Val de Marne. Il n’est en rien éloigné des autres départements qui, chacun dans sa mesure, répondent à la commande d’Etat. Et c’est également en explicitant ce principe graduel qu’est donné à comprendre au grand public le plan d’hébergement d’urgence hivernal : il suggère une organisation extrêmement pointue, une logistique se voulant à toute épreuve, une rationalité quasi économique dont les référentiels suivent les aléas des températures.
Ce qu’il n’explique pas en revanche ce sont ses effets dans le quotidien des gens vivant ou se retrouvant à la rue, ou comment une logique de gestion peut-elle s’appliquer à une autre toute différente : celle de sa survie à la rue ? Si à grand renfort d’annonce médiatique le citoyen lambda est prévenu des ouvertures de lits supplémentaires, leurs fermetures en revanche restent discrètes. Le calcul est simple, sur le Val de Marne cela correspond à la suppression de 44 lits et autant de personnes mises dehors du jour au lendemain sans relais possible. Un sentiment de rejet et de non prise en compte de leur difficulté est alors inévitable.
Comment effectivement peut-on comprendre qu’à 5 degrés près, alors que l’on est dehors la nuit, un hébergement soit accessible ou pas ? D’autant plus que ces places existent toujours, même si elles demeurent intouchables avant une prochaine vague de froid. Les gens, bien conscients que le lit qu’ils ont occupé la veille va rester inutilisé nous interpellent et nous interrogent au 115 « N° d’accueil des personnes à la rue »: « je ne suis pas un chien ! Mais pourquoi les avoir fermés, il continue à faire froid ? », etc. Apostrophes et questionnements qui pour nous les travailleurs sociaux de l’urgence ne trouvent évidemment pas de réponse et encore moins de sens.
Ces places en « tiroir » qu’ouvre et ferme la Préfecture détournent l’idée que l’hébergement d’urgence correspond à une nécessité de mise à l’abri. Il serait uniquement une « couverture » supplémentaire en cas de grand froid. Mis en place de cette manière l’hébergement d’urgence annule toute potentialité de travail social et simplifie à l’extrême le besoin de tout être humain au seul impératif d’éviter la mort par hypothermie. Le message est clair : ce n’est pas la vie des gens à la rue que nous voulons prendre en compte mais le risque trop immoral de leur mort prématurée. Leur souffrance, elle, peut se poursuivre dans la dégradation d’un parcours d’errance sans alternative.
Ce qu’un dispositif ne montre pas non plus c’est la multitude des publics à la rue. Il ne peut y avoir de commune mesure entre une femme victime de violence, une famille expulsée, un jeune en rupture familiale, un « primo arrivant » demandeur d’asile, un malade psychiatrique errant, un salarié précaire ou encore une personne clochardisée. Malgré qu’il ne soit pas rare que ces publics se métissent, il est simple à comprendre qu’ils ne réclament pas les mêmes prises en charge qui vont du simple relais à une assistance chronique.
Pourtant, faute de places adaptées, la réponse à l’urgence se résume souvent aux mêmes lieux d’hébergement d’hiver, sortes de fourre-tout aux prestations minimums. La seule alternative n’étant qu’un financement d’hôtel à la nuit, sans repas ni service, tomber dans l’urgence sociale signifie pour beaucoup y rester. Pourquoi la loi 2002 qui impose aux établissements médico-sociaux l’élaboration de projet individualisé pour chaque personne accueillie ne s’applique t-elle pas aux publics de l’urgence ? En revanche, cela explique peut-être en partie l’augmentation constante depuis des années des demandes d’hébergement d’urgence.
Lors de sa première campagne hivernale en 1996/1997, le CDAO du Val-de-Marne s’est contenté tout d’abord de distribuer les places d’hébergement disponibles. Mais très vite, l’équipe s’est rendue compte que si cette « simple mise à l’abri » était nécessaire, elle n’en demeurait pas moins dérisoire. Les difficultés et les souffrances exprimées par les appelants au « 115 » ne peuvent pas se réduire au seul besoin d’un lit et de nourriture. Prendre le temps de parler avec l’appelant, d’être dans l’échange, dans le lien avec les partenaires est la condition pour qu’une adresse de service social ait une utilité effective.
Les ruptures d’hébergement ne sont souvent que l’expression de parcours de vie complexes et difficiles. L’expérience montre que c’est dès le départ qu’il faut redonner un sens au besoin d’hébergement d’urgence. C’est bien au nom de ce sens à construire qu’il est parfois nécessaire d’aller à la rencontre des personnes, dans une mission investie de travail social et non pas humanitaire, pour ouvrir et déplacer leur demande dans une inscription sociale la plus large possible.
Les dispositifs d’urgence actuels, le référentiel de la « veille sociale » de mars 2005, la régionalisation du 115 en cours évacuent toute la question du travail social à mener, du sens qu’il comporte, à la fois pour la personne à la rue et pour le travailleur social. Ceci au profit d’effets de médiatisation pour une vitrine cache-misère.
L’ensemble des moyens et des décisions orchestré par les pouvoirs publics et relégué par ses administrations nous place dans une situation impossible : celle évidente de ne plus pouvoir effectuer notre métier.
En conséquence, nous revendiquons :
Que l’association Maisons d’accueil l’Ilot, par ses représentants, engage des négociations avec les pouvoirs publics en vue :
De maintenir sur toute la période hivernale le niveau deux du plan « grand froid ».
Que les décisions concernant le dispositif d’hébergement d’urgence du Val-de-Marne soient prises au niveau départemental et en concertation avec les services et les associations « de veille sociale »
D’ajuster les subventions en concordance avec l’augmentation de l’activité du service
De garantir nos missions de service social inhérentes à notre activité, effectuées par « l’aller-vers », les entretiens individuels et partenariaux.
D’une remise en cause d’une organisation du « 115 » comme plate-forme
téléphonique
Que l’association Maisons d’accueil l’Ilot, par ses représentants soutiennent l’embauche et la qualification diplômante en travail social de ses salariés
- Communiqué de soutient de la F.N.A.R.S. Ile-de-France -
(Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale)
en date du 8 mars 2006
La Fnars Ile-de-France soutient et est solidaire des actions menées par le C.D.A.O. (Centre Départemental d'Accueil et d'Orientation) du Val de Marne.
La Fnars Ile-de-France défend le principe de l'accueil et de l'hébergement dès l'instant où une personne, une famille en formule la demande. Cet accueil doit être respectueux des personnes et de la durée de l'hébergement en adéquation avec les besoins des publics.
Si à l'issue de l'hébergement aucune solution n'est trouvée et que les personnes se retrouvent de nouveau sans hébergement, il convient de les maintenir dans la structure. Il est néfaste et déstructurant de renvoyer des gens dehors sans garantir un toit.
La Fnars Ile-de-France considère que les régulations de places en fonction de la température ou des saisons ne sont pas cohérentes. Il faut allouer des moyens supplémentaires pour garantir le même nombre de lits pendant toute l'année.
Les équipes qui se mobilisent au quotidien, ne trouvent plus de sens à leurs actions, et s'interrogent fortement sur l'efficacité d'un tel dispositif.
La Fnars Ile-de-France engage ses adhérents à se mobiliser pour garantir le droit à l'hébergement d'urgence durable et à soutenir l'action du C.D.A.O. du Val de Marne en signant la pétition en ligne sur : http://cdaoengreve.blogspot.com
La Fnars Ile-de-France demande aux pouvoirs publics de poursuivre les actions engagées depuis plus de 15 ans, et de renforcer le nombre de lits pérennes toute l'année, tout en développant le travail social dans les structures.
P/le bureau et la Commission Régionale Urgence,
Eric PLIEZ, Président.
Il est de mise que les lieux d’accueil d’urgence soient le réceptacle de l’exclusion, ils reçoivent au final ceux qui ne peuvent s’inscrire ailleurs. Pourtant dernier rempart de la cohésion sociale, l’urgence sociale est un ensemble disparate duquel certains, comme de toute chose définie et délimitée, sont exclus. Ces derniers des derniers sont en quelque sorte les exclus de l’exclusion. Refoulés aux abords des dispositifs, ils font cependant parler d’eux lorsque le mot d’ordre des pouvoirs publics est de mettre tout le monde à l’abri. C’est parce qu’à certains moments une nouvelle urgence les rend visibles et réveille les consciences ; mais, toujours, leur urgence chronique retourne à l’amnésie générale.
Plutôt que de parler des personnes, qui n’aurait pour autre effet que de les stigmatiser davantage, cet article a pour principal objet le témoignage de ce que les dispositifs d’accueil d’urgence ont comme responsabilité dans ce « jeu » pathétique de l’exclusion.
Le jeudi 22 septembre 2005, une fois installé à mon poste de travail à l’Ilot CDAO (service qui gère le 115 : « Accueil des personnes sans abri » dans le Val-de-Marne), je constate sans surprise qu’il n’y a aucune place d’hébergement d’urgence pour homme dans le département. Ce même jour, un lien avec le Samu Social de Paris nous apprend que lui ne dispose que de 40 places, ce qui correspond pour tout Paris et par travailleur social qui décroche au 115 à une demi place d’hébergement par heure à distribuer. Loin d’être mieux loti, le 115 du 92 m’explique ce jeudi noir qu’il ne peut prendre en charge une femme à la rue avec son bébé de 5 semaines et son enfant de 3 ans. Les seuls financements d’hôtel dont il dispose sont en effet réservés aux « expulsés de squats ». Or cette dame sort d’un foyer d’hébergement d’urgence d’une durée d’un mois non expansible obtenu à la suite de sa sortie de maternité. Elle n’entre donc pas dans la catégorie « expulsée de squats ».
Constat sans équivoque, pour un seul jour, des moyens mis en œuvre par les pouvoirs publics pour faire face à ce qui est appelé de l’urgence sociale.
Il n’y a pas à s’étonner de ce constat, il n’a rien de nouveau, n’est pas lié à une crise particulière, il est juste le résultat d’une politique constante et chaque année bien résolue à ne pas apporter de moyens suffisants à la période dite d’été : de fin avril à début novembre. Mes neuf années de travail à l’Ilot CDAO m’ont enseigné que face à ce désastre les réponses sont toujours les mêmes : « les caisses sont vides, ce n’est pas moi qui vote les budgets », ou encore sans aucun scrupule, « je vous ferais remarquer que le dispositif a été amélioré cette année ». Le débat est donc clos, passons à autre chose, d’accord, oui ! Mais quoi ?
A croire que l’urgence sociale n’appartient qu’au moment de l’instant, ne s’inscrit dans aucune histoire, n’a pas de mémoire. L’urgence par définition c’est toujours nouveau. L’expérience m’a appris exactement l’inverse. L’urgence sociale c’est du chronique, de la répétition à outrance, du « qui s’installe depuis bien longtemps », du « ancré par petit bout depuis des lustres perdu dans les souvenirs ». L’urgence vient toujours du lointain, de ce qui n’a jamais été à une époque entendu, vu, compris ou acquis. A cela, l’urgence n’a qu’un mérite, celui de s’y arrêter. Malheureusement, l’idée de tout un chacun est de l’évacuer, ce qui nous assure à tous de nouvelles répétitions d’urgences à venir. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge ou du moins, du besoin de l’hébergement d’urgence qui plutôt que d’être un lieu de mise à jour est celui d’une mise « au placard » de nuit jusqu’au lendemain matin, du matin au lendemain du lendemain matin… Il n’y a qu’à voir ces familles qui a l’occasion d’une mise à l’abri à l’hôtel y restent des mois, sinon des années pour ce que l’on sait.
Ainsi, que l’on soit avec les inclus de l’urgence ou ses exclus, les travailleurs sociaux qui s’y attèlent n’ont d’autre solution que d’écoper au dé à coudre la question, au combien lourde de sens, de la place que notre société laisse à ceux qu’elle a scrupuleusement omis. Et les coups de cœur (ou fonds publics) de l’hiver ne peuvent prétendre à eux seuls rembourser la dette des questions sans réponse qu’ont laissée les années passés. Mais surtout il semble dérisoire, comme c’est devenu la mode aujourd’hui, de vouloir recréer des systèmes (des dispositifs) rationnels et efficaces qui effaceront l’ardoise. Se réconcilier avec son passé est peine perdue dans l’idée d’une toute maîtrise du maintenant et du tout de suite. Il serait temps de redonner à l’urgence son corps historique, l’ensemble de ses petits et gros évènements qui ont fabriqué autant au niveau individuel que sociétal l’exclusion d’aujourd’hui. L’urgence n’a d’autre urgence que d’être pensée dans un lien au « long-court » afin d’éviter l’ad vitam aeternam.
Convaincus de ce nouveau culte de l'instantanéité, les pouvoirs publics ne semblent pas pouvoir - ou vouloir - comprendre pourquoi leur dispositif d’accueil d’urgence (leur joujou) marche à vide, parce que rempli à ras-bord d’histoires passées qui ne trouvent pas de dénouement. Une soupe bien chaude et un lit n’y peuvent rien changer, même si l’un et l’autre ont toute leur importance. De la charité à l’assistance publique nous entrons dorénavant dans l’ère de la technocratie sociale, un plein régime de jouets sophistiqués qui, comme les autres systèmes d’aide avant eux, passent avant tout par la reconnaissance de leurs propres mérites. Seuls les noms changent, ce qui s’appelait au temps des dames de charités l’aumône et une place au paradis s’appelle aujourd’hui de la gestion rationnelle et une couverture médiatico-politique.
Le plus déplorable reste le déni constant de l’échec des dispositifs d’urgence, cette propagande chaque hiver renouvelée qui laisse croire aux concitoyens qu’un appel de leur part au 115 peut sauver une vie en est le meilleur exemple. Depuis deux années consécutives, suite à la canicule de 2003, les places d’hiver ont suffisamment augmenté pour mettre au clou la question du manque de place d’hébergement estival. L’urgence, elle, n’en est pas pour autant éradiquée. Hébergés en tiroir tout l’hiver, les plus marginalisés retrouvent chaque été leurs squats, leur cabanes, leurs bords de Marne ou leur parc en attendant l’hiver prochain. Leur glèbe sociale se limite à un accueil caritatif saisonnier.
Prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance une jeune fille fête ses dix-huit ans un lundi. Le mardi nous sommes sollicités par une éducatrice pour une place d’hébergement d’urgence. Cette jeune fille n’a pas contractualisé à temps sa demande de contrat jeune majeur. En rentrant son nom dans notre logiciel informatique je me rends compte qu’elle y figure déjà. Quatre ans auparavant elle était en effet dans les dispositifs d’accueil d’urgence avec sa mère. Un retour au 115 pour sa majorité s’imposait-il ? Si nous omettons de prendre en compte le passé, lui en revanche sait retrouver les traces de son histoire. Ne sommes-nous pas en train de fabriquer la génération 115 ?
- Le Parisien édition Val-de-Marne du jeudi 2 mars 2006 : « L’événement, Le 115 inquiet pour ses protégés ».
- Lien Social, brèves en ligne du jeudi 2 mars 2006 ; http://www.lien-social.fr/ : « Un 115 départemental en grève ».
